Le parcours d’AMP est une épreuve pour les patientes et pour les couples, heureusement ils ne sont pas seuls dans cette aventure. L’accent est mis depuis quelques années sur l’importance des équipes pluridisciplinaires pour accompagner chaque étape de chemin semé d’embûches riche en rebondissements. Avec des psychologues et des nutritionnistes, l’accompagnement va plus loin pour maîtriser autant que possible l’impact des traitements sur la vie quotidienne et la santé des patientes et de leurs couples.

Afin de mieux comprendre les implications de la santé mentale dans les parcours d’AMP, rencontre avec Mme Lou Exposito, psychologue clinicienne qui travaille notamment avec l’équipe des Bluets, centre AMP de référence situé à Paris.

Bonjour Madame Exposito, merci pour votre temps. Pour commencer pouvez-vous, s’il vous plaît, vous présenter ainsi que votre parcours ?

Je travaille en AMP et en centre de santé sexuelle et j’exerce également en cabinet libéral. Psychologue clinicienne de formation, j’utilise toutes les formes de thérapie possibles en fonction de la personne en face de moi.

J’ai d’abord exercé en maternité à l’Hôpital Trousseau puis au planning familial et forcément j’y ai rencontré des gens en parcours AMP. Ils manquaient de soutien et c’est assez naturellement que je me suis intéressée à ces parcours de vie. C’est d’ailleurs la Dre Lédée qui a soutenu l’augmentation du temps de psychologue en AMP. Ensuite j’ai beaucoup lu sur le sujet, je me suis beaucoup intéressée aux dons de gamètes, aux différentes étapes de la PMA, à la FIV et à tous les moments de vie associés.

Comment vous êtes-vous spécialisée dans l’accompagnement des couples en parcours PMA ?

C’est compliqué parce que ce n’est pas une médecine qui vient guérir mais qui accompagne les femmes et les couples pour avoir un enfant. Les couples en parcours d’AMP doivent se battre avec le yoyo émotionnel, le sentiment d’injustice, parfois l’entourage ou les médecins qui sont parfois maladroits.

Il y a beaucoup de culpabilité dans ces parcours qui peuvent être très longs. On arrive souvent en début d’AMP avec l’impression que c’est la fin à tous les problèmes de conception et que c’est la solution magique qui va aboutir en quelques mois. Les couples ne s’attendent pas à ce que ce soit un vrai parcours avec de vraies complexités médicales et psychologiques.

Comment se passe l’accompagnement psychologique dans les parcours AMP ?

Cela dépend des services : la Dre Lédée et les Bluets ont toujours mis en avant l’accompagnement, avec une démarche bienveillante. Mais ce n’est pas toujours facile car les parcours d’AMP sont extrêmement médicalisés, et le temps médical n’est pas élastique, il ne peut pas vraiment être dédié à autre chose que l’explication du parcours ou les gestes médicaux.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part des médecins, elles mettent leur temps et leur énergie à l’optimisation de la prise en charge médicale et c’est difficile de se rendre compte des impacts psychologiques lorsque ce n’est pas vécu de l’intérieur.

La vie des patientes et des couples est bouleversée, Chaque journée est un challenge et le temps ne se découpe plus qu’en cycles. Chaque piqûre, chaque prise de sang, chaque médicament, chaque course pour le monito : c’est un parcours envahissant. Les médecins ne peuvent pas tout voir et ne peuvent pas toujours en prendre conscience.

Comment jugez-vous l’importance de la santé mentale dans le processus d’AMP ?

Cela devrait être systématique dans les prises en charge, sous une forme ou une autre mais, d’une manière générale, il manque énormément d’accompagnement. On propose des groupes d’échanges et de parole, tout un tas de choses, mais tout le monde n’a pas forcément envie de voir une psychologue. La plupart des gens qui arrivent en psy en AMP, c’est parce qu’ils n’en peuvent déjà plus. Cela devrait être mis en place en amont, pour bien comprendre ce que cela implique sur le long terme et dans la construction du couple et de son intimité.

A quelles étapes intervenez-vous ?

Souvent quand cela est déjà un peu trop tard, quand les patientes sont déjà en grande souffrance et qu’elles craquent, ou alors en fin de prise en charge pour les accompagner vers un deuil ou un don de gamètes.

Mais cela commence à changer : aujourd’hui je reçois des couples ou des femmes plus tôt dans la prise en charge, c’est plutôt chouette. Aux Bluets les médecins orientent très facilement vers les psys, ils ont compris que nous étions là pour soutenir, pas pour psychanalyser.

La personnalisation du soin, aussi bien dans le geste technique que la prise en charge santé mentale, indispensable aujourd’hui ?

C’est vraiment ce qu’on essaye de faire aux Bluets, tout le monde est très impliqué et c’est très agréable de voir ça. Bien sûr, plus on peut personnaliser une prise en charge, mieux elle est vécue.

Pour cela, le test MatriceLab est formidable. Quand je vois des patientes avant et après MatriceLab, elles sont transformées. Comme pour la prise en charge psychologique, le test arrive un peu en dernier recours, comme une dernière chance. Certaines patientes se demandent même pourquoi on ne le fait pas systématiquement, dès le début de la prise en charge. Alors bien sûr il n’est pas toujours indiqué, comme quand on peut avoir le réflexe de vouloir faire une FIV d’emblée avant d’avoir investigué d’autres options, mais il mériterait sans doute d’être mieux connu.

Aussi bien avec le test qu’avec l’accompagnement en santé mentale personnalisé, les patientes comprennent ce qui se passe. Les explications sont claires, on prend le temps, elles se sentent concernées, entendues et pas juste soumises à des ordres médicaux.

Comment bien s’entourer dans son parcours AMP ?

A mon sens, il faut absolument s’entourer d’un/e sexologue : la sexualité est la première chose qui fout le camp quand on l’associe uniquement à l’impératif de procréation. Ensuite, une équipe de médecins bienveillants, ça suffit ! Si il y a l’accompagnement psychologique qui va avec, cela doit bien se passer, malgré les problèmes ou contretemps médicaux.

Pourquoi consulter un psychologue lorsque l’on entreprend un parcours d’AMP ?

L’AMP elle-même génère des tensions que l’on ne peut pas régler seuls. Cela génère par exemple de la culpabilité chez l’homme (tout se passe dans le corps de sa compagne, il la voit souffrir seule pour le projet du couple et ne peut pas y faire grand chose. Un sentiment d’impuissance dont les hommes ne sont pas fans !).

Chez la femme, il y a souvent un petit besoin de contrôle dans un parcours où tout semble lui échapper et cette envie que le partenaire soit à la fois très compréhensif mais solide : il faudrait qu’il ressente les choses comme elle, voire qu’il les devine, et comme c’est rarement le cas, elle peut parfois lui en vouloir. Et s’il est trop sensible, elle peut lui reprocher de ne pas pouvoir compter sur lui. L’autre n’est jamais à la bonne distance et dès que l’intimité est reliée à la procréation, c’est épouvantable. Faire l’amour sur commande ou se masturber dans un petit endroit glauque parce que c’est le jour de la ponction, ça crée souvent des tensions et cela abîme l’intimité du couple et c’est dramatique.

Nous ne faisons pas un travail sur les histoires personnelles de chacun, mais du soutien pour donner des clés, c’est plutôt comme cela que je vois l’accompagnement des psychologues dans les équipes AMP. Aujourd’hui en consultation, je reçois quelques couples, quelques hommes, mais je vois principalement des femmes.

La science, rempart contre les faux espoirs ou les optimistes béats ?

Souvent les couples vont chercher beaucoup d’info par eux mêmes, le problème c’est qu’ils peuvent essayer d’endosser le costume des autres. Parfois ils viennent en disant “tel couple a fait ça, j’ai entendu dire que”, mais chaque couple, chaque personne, est unique et tout ne s’applique pas aussi facilement à tous. Malgré tout, dans la dynamique du parcours, c’est indispensable et rassurant d’avoir des exemples et des conseils. C’est pour ça que nous avons mis en place les groupes de paroles. Souvent d’ailleurs, les personnes qui s’y sont rencontrées continuent d’échanger entre elles, se soutiennent.

Côté patients, l’espoir prend une place énorme, centrale et quotidienne, ce qui ouvre une voie d’abus possible dont il faut se méfier (médecines alternatives, vendeurs de produits ou de thérapies pseudo-magiques…).

Il y a une espèce d’injonction à la pensée positive et à la pensée magique qui donne une illusion de contrôle : “si ça n’a pas marché cette fois, c’est parce que je n’y ai pas assez cru (ou j’ai été trop stressée, pas assez positive, etc.), donc charge à moi de faire mieux la prochaine fois”. Quelle culpabilité génère ce type de pensées ! On négocie avec ce reste infantile de pensée magique mais c’est faux : si une grossesse doit tenir, elle tiendra et aucune pensée n’influe dessus. 

Rien d’autre que le médical n’aide vraiment les couples en AMP. Le reste est important parce que cela impacte la qualité de vie, mais ce n’est pas déterminant dans la réussite du parcours. Ce qui fonctionne, c’est la médecine, la science et la recherche.

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